Parle, continue ! - Justin Grimbol

 

— On se dispute tout le temps.

— Non, on se dispute bien plus que tout le temps.

— On se dispute trop.

— Je ne pense pas qu’on se dispute suffisamment.

— On devrait peut-être se disputer moins.

— D’accord.

— Je ne comprends pas. Pourquoi on se dispute tellement ?

— Parce que tu es toujours sur la défensive.

— Eh bien, tu n’es qu’une mule.

— À mule, mule et demie.

— Je n’ai jamais rencontré quelqu’un qui tienne autant à avoir raison tout le temps.

— N’importe quoi. Je ne compte plus les fois où j’ai admis avoir tort. Et je m’excuse comme personne. Tu es nulle pour t’excuser.

— C’est reparti.

— Hier je me suis excusé à douze reprises. Combien de fois tu t’es excusée ?

— Je ne sais pas. Je n’ai pas compté.

— Voilà. Je gagne par forfait. À présent tu me dois une excuse.

— Va te faire foutre.

— Tu vois, je t’ai dit que tu étais nulle en excuse.

 

Dans ce roman/poème, long dialogue savoureux, mais aussi mélancolique et existentiel, le dérisoire n’est pas loin, mais un dérisoire sublimé par l’humour et l’amour.

 

Les poèmes de Justin Grimbol décrivent la magie du quotidien, sans fioritures mais avec beaucoup d'humour et une grande sensibilité. Un étonnant mélange de Brautigan et de Bukowski.

Sébastien Doubinsky

 


A paraître au format papier



Justin Grimbol vit dans le Vermont, une région humide et traversée de ruisseaux du nord-est des États-Unis. Il est l’auteur notamment de Drinking Until Morning (Boire jusqu’au matin), de Minivan Poems (un recueil à la gloire de son minivan, dans lequel il voyage avec sa femme Heather) de Come Home We Love You Still, de Mud Season et d’un cabas plein d’autres livres tout en sueur. Cet écrivain discret, qui publie discrètement dans des maisons d’éditions américaines discrètes, est entré dans la fiction par la voie de l’horreur punk (ou “Bizarro” comme l’on dit outre-Atlantique) avant de passer très vite à autre chose, c’est-à-dire à lui-même. Ses histoires aussi réalistes que poétiques sont avant tout mélancoliques et existentielles, mais enrobées d’un humour absurde et tendre : personnages en porte-à-faux avec le monde et l’Amérique triomphante qui les entourent, qui s’accommodent du quotidien le plus immédiat pour survivre ; plans foireux et fêtes minables, mais aussi amitiés profondes qui se déroulent sous nos yeux comme un film tourné au ralenti. Justin Grimbol est aussi poète, comme Brautigan, de choses minuscules et presque inaperçues. Là aussi, le dérisoire n’est pas loin, mais un dérisoire sublimé par l’humour et l’amour.